C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.
Amin Maalouf


   
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Toute l’équipe des Éditions Farel vous souhaite de très bonnes fêtes de Noël et du Nouvel An.

En cette période de bons repas, nous vous proposons de goûter à des extraits du livre « La maison de la Grâce » consacrés à la cuisine. Ils vous aideront à préparer au mieux ces moments clés de la vie.

« On aime parler de nourriture, c’est indéniable — du moins en France. Chacun a une histoire de cuisine à raconter. Pourquoi ? Parce que nous savons tous depuis l’enfance que dans cette pièce, nos besoins élémentaires trouvent satisfaction.

Les aliments sont très significatifs — culturellement, socialement, et dans le contexte familial. Le cinéma utilise ce thème : Le festin de Babette, La grande bouffe, Festen, Ratatouille… Cette importance des représentations culturelles du repas n’est pas seulement due à l’attrait que représente la nourriture pour le ventre, mais aussi au rôle que joue le repas dans la vie courante. Bien qu’il soit l’occasion d’absorber les éléments nutritifs nécessaires à notre survie, le repas est encore aujourd’hui un vecteur privilégié du lien social. Il nourrit nos relations et nous intègre à l’histoire du groupe transmise par les paroles échangées autour de la table.


La plupart du temps, j’apprécie de préparer la nourriture. Faire la cuisine est une façon pour moi de donner à ceux que j’aime, famille et amis, une part de ce que j’ai reçu. Je leur offre de la nourriture — quelque chose de matériel, et je leur consacre mes capacités de cuisinier, une façon de leur dire mon affection. La nourriture porte ainsi une charge physique qui fait du bien au corps, mais également une charge émotionnelle qui fait du bien au cœur. On prépare rarement de vrais repas quand on vit seul. L’aspect relationnel du repas passe souvent inaperçu quand nous en bénéficions, mais quand nous en sommes privés, il nous manque.

La générosité matérielle et émotionnelle caractérise la cuisine de la maison de la grâce. Nous nous nourrissons de la grâce divine, recevant pardon, bonté, encouragement et espoir de la part de Dieu, alors que nous le méritons très peu. Puis, à notre tour, nous accueillons et nourrissons les autres avec ce que nous avons reçu.

Comme toute cuisine dans une maison accueillante, celle que nous trouvons dans la maison de la grâce nous met à l’aise. Nous n’y entrons pas avec l’air exigeant du critique gastronome. Mais nous ne restons pas non plus dans l’entrée à quémander quelques miettes. Nous prenons simplement place à table, confiants dans la providence de celui à qui nous demandons : « Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin. »

La générosité chrétienne se nourrit de la confiance en la grâce à venir.
Nous pouvons faire grâce non seulement parce que nous avons reçu la grâce de Dieu dans le passé, mais également parce que ne craignons pas d’en manquer dans l’avenir. Comprendre la surabondance de la grâce de Dieu à mon égard me libère pour que je fasse grâce sans compter à ceux qui m’entourent. La grâce se transmet. Dans ce domaine, transmettre ne nous appauvrit pas. Nous restons riches de ce que nous avons transmis.

Les mots « saveur » et « savoir » partagent la même origine étymologique en latin : sapere. Le repas est un temps riche en saveurs, mais aussi en transmission de savoir. Depuis les dîners « en amoureux » jusqu’aux repas de famille célébrant les grandes occasions de la vie, la table nous sert de cadre pour faire passer des valeurs comme l’affection, la mémoire partagée, la reconnaissance ou l’amitié. La nourriture est un des premiers moyens d’éducation, permettant d’apprendre au jeune enfant les rudiments de la politesse, et donc du respect. L’instruction que nous recevons dans la cuisine de la grâce nous rappelle notre dépendance de créatures. Mais cette même instruction nous parle aussi de notre histoire d’êtres aimés — nous sommes adoptés et intégrés dans la grande famille, celle des intimes de Dieu. »
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