Je voulais par ce mien labeur servir à nos français : desquels j'en voyais plusieurs avoir faim et soif de Jésus-Christ (Jean Calvin)

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mardi 27 mai 2008

La culture : nos représentations mentales

Dans mon premier post, j’ai cité Mark Driscoll concernant les caractéristiques de l’Eglise émergente. Je rappelle son premier point : « La mission, c’est chaque chrétien qui est missionnaire dans sa culture locale ». Ce qui me frappé, c’est le nombre de fois que le mot « culture » revient dans les écrits sur les Eglises émergentes.

Or, je viens de lire un livre fort intéressant publié par la Ligue : « Parole de Dieu et culture des hommes » de Charles-Daniel Maire. Pour l’auteur, le principal instrument de la Culture, c’est la parole. « Contrairement à l’animal, l’homme n’est pas confronté à la simple réalité. Il a mis des mots sur les personnes, les choses , les actions et les situations qui constituent la réalité. Il a toujours « sa petite idée », c’est-à-dire une représentation mentale qui n’est pas une simple description, mais une interprétation qui se base sur une manière de voir la réalité. »

Cela est tout aussi vrai dans le domaine de la foi : « Puis-je mettre ma confiance au Dieu de Jésus-Christ sans le dire et le confesser ? J’ai besoin d’exprimer cette foi, de dire ce que je crois avec des mots, des gestes, des actes. Or à partir du moment où je m’exprime, je mobilise les ressources de ma culture ».

Ensuite Charles-Daniel Maire évoque un autre type de représentation mentale : le paradigme culturel. « De par notre culture et notre vécu, face à telle ou telle situation, nous réagissons en fonction de modèles que nous avons en réserve dans notre mémoire … la mémoire collective que nous partageons avec notre groupe social … Le propre d’un paradigme est donc d’être reconnu par tous les membres du groupe culturel et de susciter en eux un même type de réaction non seulement rationnelle, mais aussi affective et émotionnelle ».

Cela suscite en moi toute une série de questions :

  • Quels sont les éléments du paradigme culturel français qui sont à l’œuvre pour susciter des réactions face à l’Évangile et face au vécu d’une Église locale ?
  • Dans quelle mesure la culture régionale française fournit-elle des paradigmes différents ? (Avez-vous des exemples ?)
  • Y a-t-il un paradigme culturel nouveau, celui de l’ultramodernité, qui est propre à la culture française ? (Un bloggeur confrère a souligné à juste titre que mon blog est bien « servir à nos Français » et non pas « servir à nos francophones »).

P.S. Charles-Daniel Maire cite l’exemple d’un missionnaire de la Mission de Paris en Nouvelle-Calédonie, Maurice Leenhardt. En arrivant à Nouméa en 1902, il se rend vite compte du risque de la disparition du peuple canaque. Il comprend que son rôle n’est pas de prêcher lui-même l’Évangile, alors il met toute son énergie à étudier la culture canaque et à former des ‘natas’, en réfléchissant avec eux à la meilleure manière de formuler le message de l’Evangile.

samedi 5 avril 2008

Trois tendances

Dans leur livre « Emerging Churches », Eddie Gibbs et Ryan K Bolger livrent les résultats de trois années de recherche sur les églises émergentes aux USA et en Grande-Bretagne. Il s’agit incontestablement de l’étude la plus exhaustive réalisée jusqu’à ce jour. Ils identifient huit valeurs qui sous-tendent ces églises (on y reviendra certainement!) mais également les différences entre la compréhension américaine et britannique de ce terme.

Dans le contexte actuel ils voient trois tendances :

1) Un retour à la doctrine de la Réforme (par exemple l’église de Mars Hill à Seattle)

2) Des changements profonds dans la manière de s’organiser, mais le christianisme et l’église sont toujours au centre, et des changements théologiques ne sont pas nécessaires (par exemple Mosaic à Waco)

3) La perception que l’église n’est pas forcément au centre des intentions de Dieu. Dieu est à l’œuvre dans le monde, et l’église a le choix de se rallier ou non à ce que Dieu est en train de faire dans le monde. Cette troisième approche met l’accent plutôt sur le royaume que sur l’église. (par exemple Solomon’s Porch à Minneapolis).

Cette dernière phrase attire notre attention sur une expression qui est souvent mise en avant par les églises émergentes – le royaume de Dieu. « Le royaume de Dieu offre un point de repère pour les églises émergentes alors qu’elles se libèrent des pratiques de l’église qui ne sont plus pertinentes dans la culture actuelle … toute reconstruction sans tenir compte du royaume de Dieu sera déshumanisante et infructueuse » (Gibbs et Bolger).

Je vous propose donc deux questions par rapport à notre contexte français.

La première question : est-il possible de renouveler nos églises de l’intérieur, ou serons-nous obligés de créer de nouvelles églises en-dehors des structures évangéliques existantes ?

La deuxième question. : comment faut-il comprendre la relation entre l’église et le royaume de Dieu ?

vendredi 15 février 2008

Différences entre une Église évangélique contemporaine et une Église émergente

Un livre est paru aux États-Unis en 2006, avec le titre Confessions of a Reformissional Rev. Dans ce livre Mark Driscoll fait le récit de ses expériences personnelles dans l’univers de l’Église émergente. Voici son analyse des différences entre une Église évangélique contemporaine et une Église émergente dans le contexte américain. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir dans quelle mesure cette analyse vaut pour la France !

Vous pouvez m’aider en répondant aux deux questions suivantes :

  1. Est-ce que sa description de l’Église évangélique classique vous paraît juste par rapport à la France ?
  2. Est-ce que sa description de l’Église émergente vous paraît souhaitable pour la France ?

Les Églises évangéliques classiques contemporaines sont illustrées par Driscoll de la façon suivante :

  1. La mission est vécue par l’envoi de missionnaires et de finances vers les pays étrangers par le biais de son union d’Églises.
  2. La culture est perçue comme un domaine où l’Église cherche à retrouver sa position d’influence perdue.
  3. La culture dans laquelle on évangélise est surtout la culture moderne, mais celle-ci est en train de devenir postmoderne.
  4. La théologie est conservatrice et se construit à partir d’un présupposé moderne (rationaliste) concernant la vérité et la connaissance.
  5. Les Églises existent pour répondre aux besoins ressentis de consommateurs spirituels.
  6. Les Églises grandissent grâce au marketing qui attire des personnes à des réunions.
  7. La communauté de l’Église locale est une sous-culture dans laquelle on se sent en sécurité et qui accueille ceux que la Bible désigne comme perdus au sein de l’Église.
  8. Les pasteurs n’ont pas besoin de formation théologique académique ni de consécration pastorale officielle.
  9. Les pasteurs sont des PDG qui conduisent et gèrent leurs employés, lesquels sont responsables du ministère de l’Église.
  10. Ceux que la Bible désigne comme perdus sont invités à des réunions d’évangélisation qui ciblent les personnes en recherche spirituelle.
  11. La foi est une affaire privée et personnelle mais on s’ouvre aux autres dans le cadre de l’Église.
  12. Les cultes se font dans le style des années 80 et 90 (guitares sèches, sketches etc.).
  13. Les salles de culte sont fonctionnelles (par exemple, pas de croix, pas de vitraux, pas d’icônes…) et les participants se comportent et s’habillent de façon informelle.

Les Églises émergentes sont illustrées par Driscoll de la façon suivante :

  1. La mission est vécue comme étant du ressort de chaque chrétien, missionnaire dans sa culture locale.
  2. L’Église reconnait qu’elle est marginale dans la culture, qu’elle n’a d’influence qu’en servant le bien commun.
  3. La culture dans laquelle on évangélise est postmoderne et pluraliste.
  4. La théologie couvre toute la gamme depuis l’orthodoxie des temps anciens jusqu’au libéralisme hétérodoxe, construite à partir du refus postmoderne de la possibilité de connaître la vérité.
  5. Les Églises sont composées de personnes aimant Jésus et voulant s’engager à suivre son appel missionnaire dans leur culture locale.
  6. Les Églises grandissent parce que les chrétiens présentent Jésus à ceux que la Bible désigne comme perdus à travers l’hospitalité dont ils font preuve.
  7. La communauté de l’Église locale est une contre-culture qui vit les valeurs du « Royaume de Dieu » par la grâce du Christ.
  8. Les pasteurs n’ont pas besoin de formation académique ni de consécration pastorale officielle mais ils sont formés dans l’Église locale.
  9. Les pasteurs sont des missiologues qui forment les chrétiens à être des missionnaires utiles.
  10. Ceux que la Bible désigne comme perdus sont sauvés par le Saint-Esprit au moment et de la manière qu’Il détermine.
  11. La foi est une affaire publique et inclut tous les domaines de la vie.
  12. Les cultes sont un panachage de styles anciens et de styles issus de la culture locale contemporaine.
  13. Les salles de culte sont sacrées … comme toute la création d’ailleurs.